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« Gouvernance et société »

Fort-de-France : qui a tué la capitale martiniquaise ?

today21/07/2026 5

Arrière-plan
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Pendant que les responsables politiques multiplient les discours sur la revitalisation de Fort-de-France, la réalité est implacable : le cœur de la capitale continue de se vider.

Chaque rideau métallique baissé, chaque local commercial abandonné, chaque vendeur ambulant qui rentre chez lui avec une caisse à moitié vide raconte la même histoire : celle d’un centre-ville que beaucoup ont le sentiment de voir abandonné depuis des années.

Il suffit de marcher dans la rue piétonne pour mesurer l’ampleur du problème. Là où les commerçants peinaient autrefois à répondre à l’affluence, le silence s’installe désormais à certaines heures.

Les célèbres vendeurs d’huiles capillaires, les marchands de piments, de quenettes, de produits artisanaux ou de cosmétiques naturels continuent d’être présents. Mais ils attendent des clients qui ne viennent plus.

Leur célèbre interpellation de Morgan :« Hé madame, vous avez de beaux cheveux, j’ai des produits pour vous ! » fait désormais sourire autant qu’elle attriste. Car derrière cette phrase devenue emblématique se cache une réalité économique alarmante.

Tania, commerçante installée depuis plus de vingt ans, résume la situation : « Depuis plusieurs semaines, c’est surtout la grève des bus fantômes qui nous pénalise. Les gens ne peuvent pas se déplacer. Nous avons perdu entre 40 et 50 % de notre chiffre d’affaires. »

La crise des transports n’a pas créé le problème. Elle l’a simplement rendu impossible à ignorer.

Une mort annoncée de la capitale des fossoyeurs du …

Fort-de-France ne s’est pas effondrée en quelques semaines. Cette lente agonie dure depuis des décennies. Pendant que le centre-ville perdait ses commerces, les grandes surfaces commerciales poussaient partout ailleurs.

Pendant que les petits commerçants cherchaient à survivre, des millions d’euros étaient investis dans toujours plus de zones commerciales, toujours plus vastes, toujours plus accessibles en voiture, toujours plus attractives.

Le consommateur a naturellement suivi.

  • Pourquoi perdre une heure à chercher une place en centre-ville lorsque les parkings sont gratuits ailleurs ?
  • Pourquoi supporter les difficultés de circulation lorsque tout est regroupé dans un même complexe commercial ?
  • Pendant ce temps, le cœur historique de la Martinique continuait de s’affaiblir.

Les élus ne peuvent pas s’exonérer de leurs responsabilités flagrantes

Chaque majorité municipale, chaque exécutif concerné, chaque décideur ayant eu une responsabilité dans l’aménagement du territoire porte une part du bilan actuel.

  • Pendant des années, les alertes se sont multipliées.
  • Les commerçants ont prévenu.
  • Les habitants ont prévenu.
  • Les associations ont prévenu.
  • Pourtant, les fermetures se sont enchaînées.

Aujourd’hui encore, les mêmes responsables promettent une renaissance.

  • Mais les promesses ne remplissent pas les caisses des commerçants.
  • Les discours ne remplacent pas les clients.
  • Les inaugurations ne recréent pas une économie locale.

Le modèle économique proposé interroge sur le pour qui et par qui…

La concentration progressive de l’activité commerciale dans quelques grands pôles interroge également.

Les grands groupes de distribution ont investi dans de nouveaux centres commerciaux répondant à une demande réelle des consommateurs. Ce développement s’est inscrit dans un cadre réglementaire validé par les autorités compétentes.

Mais une question demeure : les conséquences sur le commerce de proximité et sur l’équilibre du territoire ont-elles été suffisamment prises en compte ?

  • Le résultat est visible : mort des commerces de proximité.
  • Lorsque des centaines de commerces quittent progressivement le centre-ville, ce sont des vitrines qui disparaissent.
  • Ce sont des emplois qui disparaissent en centre-ville pendant que des emplois précaires  apparaissent dans les grands groupes pour maintenir  la population sous le seuil de pauvreté.
  • Des familles disloquées.
  • Du lien social rompu.
  • Une identité perdue.
  • Une mémoire effacée.

La capitale est devenue une ville de passage et dortoir

Combien de Martiniquais viennent encore flâner dans cette ville fantôme qu’est  Fort-de-France ?

  • Combien viennent simplement faire leurs courses, déjeuner, découvrir une boutique ou passer un après-midi en famille ?
  • La réponse est connue de tous.
  • La capitale est devenue un lieu que beaucoup traversent sans s’y arrêter.
  • Un lieu de délinquances, de SDF en nombre,
  • Une capitale sale et de maison délabrée etc…

Et lorsqu’un mouvement social bloque les transports, le peu d’activité restante s’effondre immédiatement.

Il est encore temps… mais plus pour longtemps

  • Fort-de-France n’est pas condamnée.
  • Son patrimoine,
  • son marché,
  • son front de mer,
  • ses commerçants, ses artisans,
  • ses vendeurs ambulants et son histoire constituent un potentiel exceptionnel.
  • Mais sauver une capitale exige davantage que des annonces.
  • Il faudra des décisions courageuses.
  • Une véritable politique de mobilité.
  • Un soutien concret au commerce de proximité.
  • Une stratégie cohérente d’aménagement du territoire.
  • Et surtout, une volonté politique qui dépasse les effets d’annonce.
  • Car une capitale ne meurt jamais d’un seul coup.

Elle s’éteint lorsque ceux qui avaient le pouvoir d’agir finissent par considérer son déclin comme une fatalité. La question n’est donc plus de savoir si Fort-de-France traverse une crise.

La véritable question est la suivante : combien de temps les Martiniquais accepteront-ils encore de voir leur capitale perdre son âme sans qu’un véritable sursaut collectif ne soit engagé ?

Par Kambutcha Magasin

Écrit par: Paul Julio

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