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Actualité politique Martinique

Martinique : entre résignation, colère et contradictions. Pourquoi reconduire les mêmes élus ?

today19/03/2026 8 5

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La question est brutale, presque dérangeante, mais elle s’impose aujourd’hui avec une acuité particulière : pourquoi un peuple qui dénonce massivement les injustices sociales, la vie chère, le chômage et les inégalités, continue-t-il à reconduire au pouvoir les mêmes figures politiques, parfois impliquées dans des affaires ou fortement contestées ?

Ce paradoxe apparent mérite d’être analysé en profondeur, au-delà des jugements rapides.

Une colère réelle… mais fragmentée

Dans les rues de Fort-de-France, au Lamentin ou à Trinité, le constat est largement partagé : « la vie est trop chère », « rien ne change », « sé toujou menm bagay la », « transport défaillant» ,  « probleme de l’eau» , « vol de terre» , « corruption »,«chomage des jeunes ,«priorité emploi aux hexagonnaux », « depart massive de la jeunesse » etc. La colère est là, palpable, presque permanente.

Mais cette colère ne se transforme pas en force collective structurée.

Elle reste souvent individuelle, dispersée, exprimée dans les conversations privées, sur les réseaux sociaux ou lors de moments de crise ponctuels. Une indignation qui s’enflamme vite… et s’éteint tout aussi rapidement.

Micro-trottoir : paroles de Martiniquais ,pour comprendre ce phénomène, il faut écouter les voix du terrain.

Jean-Marc, 52 ans, chauffeur :
« Wi yo pa bon, tout moun sav sa. Mé ki moun ou lé mété ? Sé toujou menm figi yo. Nou pa ni vré chwa. »

Sabrina, 34 ans, employée de commerce :
« Mwen fatigué. On vot, dé vot, twa vot… pa ni anyen ki ka chanjé. Alò bon… moun ka rété lakay yo osi. »

David, 27 ans, sans emploi :
« Sé pa mwen ki ka vot. Sa pa ka sèvi ayen. Yo ja décidé avan. »

Marie-Claire, 61 ans, retraitée :
« Mwen pa ka dakò épi yo, mé mwen ka vot pou yo paské mwen pè sa ki pé vini apré. »

Kévin, 22 ans, étudiant :
« Nou ka pléré, mé nou pa ka bougé. Sé sa pwoblèm lan. »

Le poids de l’habitude et de la peur du vide .Ces témoignages révèlent plusieurs réalités fondamentales.

D’abord, le manque d’alternative perçue. Beaucoup d’électeurs ont le sentiment qu’il n’existe pas de réelle relève politique crédible. Les nouveaux visages manquent de visibilité, de structure ou de confiance.

Ensuite, il y a la peur du changement. Même insatisfaisant, un système connu rassure davantage qu’une incertitude totale. C’est une logique humaine : mieux vaut un mauvais connu qu’un inconnu perçu comme potentiellement pire ; un reseau familliale bien implanté dans les mairies et autre satellite du pouvoir , afin de ne pas perdre ces intérêts pour’une partie de la population  ancré famillialement dans les institutions de la martinique..

Abstention : le vrai vainqueur de ces élections, un autre facteur clé est l’abstention massive.

De nombreux Martiniquais ne votent plus. Par lassitude, par défiance, ou par conviction que « tout est joué d’avance ». Résultat : ce sont souvent les électorats les plus fidèles (personnes agées,les familles ancrés,le reseaux de petit copains) les plus structurés ou les plus dépendants des réseaux politiques qui décident de l’issue des élections.

Autrement dit, ceux qui contestent le système sont souvent ceux qui s’en retirent… laissant le système se reproduire encore et encore les mêmes résultats à chaque élections.

Une responsabilité collective ?

La tentation est grande de pointer du doigt « les élus », « le système », « les autres ».

Mais une question plus inconfortable émerge : quelle est la part de responsabilité collective dans cette situation ?

  • Peut-on dénoncer un système tout en continuant à l’alimenter, par le vote, par l’abstention ou par l’inaction ?
  • Peut-on espérer un changement profond sans engagement durable, sans organisation, sans volonté de construire autre chose ?

Entre résignation et réveil possible

Dire que le peuple martiniquais « ne veut pas changer » serait simpliste et injuste. Les réalités historiques, sociales et économiques sont lourdes. Les désillusions accumulées ont laissé des traces profondes.

Mais il serait tout aussi dangereux d’ignorer les contradictions actuelles.

Car un peuple qui souffre, qui sait qu’il souffre, mais qui ne transforme pas cette conscience en action structurée, risque de rester enfermé dans un cycle sans fin : plainte, frustration, reproduction.

Changer quoi… et comment pour avancer?

Le véritable enjeu dépasse la simple alternance politique.

Il s’agit de reconstruire :

  • une confiance collective
  • une culture de l’engagement
  • une capacité à entreprendre et à s’organiser
  • une exigence citoyenne réelle et constante

Le changement ne viendra pas uniquement des urnes. Il viendra aussi du quotidien : initiatives locales, solidarité économique, responsabilisation individuelle et collective,les martiniquais auront ils le courage !!!

Au fond, la situation actuelle agit comme un miroir.Elle renvoie autant à l’échec de certaines élites qu’aux limites d’une mobilisation citoyenne encore trop fragile.

Arrêter de se battre ? Non.

Mais continuer à se battre de la même manière, en espérant un résultat différent, ne suffira pas.Le véritable tournant viendra le jour où la colère se transformera en construction.

Pas seulement en paroles. Mais en actes.

Par Kambutcha Magazine

Écrit par: Paul Julio

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